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Jouer avec rien

L’activité que j’ai proposée à des enfants de 3-4 ans pendant 45 minutes, s’est déroulée dans une salle comportant 3 bancs et une structure en bois au fond.

Une seule règle dictée : « On ne doit pas faire mal, ni à soi ni aux autres ». Quant à moi, je suis restée durant les séances, assise par terre en retrait.

Mon but était de proposer du vrai jeu libre au sein d’un cadre clairement établi, sans matériel.

C’était une situation inhabituelle à l’intérieur d’une salle et les conditions étaient particulières aussi bien pour les enfants que pour moi. J’ai pratiqué une pédagogie très permissive avec un minimum d’intervention de ma part.

Il m’a fallu de la patience à chaque début de séance. Les premières minutes se sont déroulées toujours de la même manière : les enfants couraient, criaient, sautaient, me regardaient et attendaient ma réaction. Comme je ne leur disais rien, petit à petit des histoires se mettaient en place, des groupes se créaient, ils inventaient et initiaient le jeu eux-mêmes. Ils m’oubliaient.

Il a aussi fallu que j’apprenne à intervenir un minimum, que je laisse les enfants gérer eux-mêmes leurs disputes autant que possible. On est souvent trop interventionniste et j’ai dû faire confiance aux enfants.

Cette activité m’a permis de mettre le doigt sur les 3 aspects fondamentaux du jeu :

• l’imagination,

• les pairs,

• l’envie du moment.

En fin de séance il m’a semblé important que l’on se regroupe pour que l’excitation retombe, pour qu’ils sortent en douceur de leurs histoires. Je leur ai demandé à quoi ils avaient joué tous ensemble. Ils ont alors pris conscience qu’ils avaient joué malgré l’absence de matériel ludique, qu’ils s’étaient amusés en créant leur propre jeu. J’ai partagé moi aussi avec eux ma satisfaction à les avoir observés jouer ainsi.

Je constaté, lors de la transcription de mes observations, que des enfants qui jouaient seuls en salle de vie avec un support ludique, cherchaient lors de cette activité, à entrer en interactions et à coopérer avec leurs pairs.

D’autres enfants, qui n’arrivaient pas à s’accorder au quotidien et qu’on s’applique à séparer la plupart du temps, se retrouvaient volontiers lors de cette activité et avaient la compétence de coopérer autour de « rien ».

Durant chaque séance j’ai eu beaucoup de plaisir à les regarder jouer, c’était un gros travail d’observation, mais c’était captivant et j’ai eu l’impression de découvrir les enfants autrement.

Cette expérience a été très enrichissante.

Il m’a fallu parfois de la retenue car souvent j’ai eu envie d’intervenir, de leur proposer quelque chose. Cela n’a pas été si simple d’être en retrait, alors qu’habituellement, dans ce métier, on est beaucoup dans l’action, dans le faire avec. On réalise que dans de telles conditions l’enfant sait faire sans l’adulte.

Tous les enfants ont adhéré à cette proposition. Ils ont souvent demandé si aujourd’hui on pouvait aller jouer sans les jeux... puis ils ont spontanément nommé cette activité « L’activité rien... ».

« L’activité rien » où il se passe pourtant à chaque fois tant de choses, de belles choses...

Maud Diallo

Educatrice de l’enfance

MOOC Jouer et apprendre en petite enfance

Tag(s) : #Réflexions

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